Alain Gillet

Photographe

Les Grandes Dames

Série photo réalisée en 2016 et 2017

La région des Landes est une immense plaine située dans le sud-ouest de la France. Ce territoire abrite aujourd’hui la plus grande forêt d’Europe, constituée essentiellement de pins plantés au milieu du 19ème siècle sous l’impulsion de Napoléon III.

Bien avant, les Landes étaient un immense pays marécageux, très plat, où la végétation était essentiellement constituée d’herbes et de broussailles.

Dans ce paysage, vivaient essentiellement des bergers, et afin de se frayer plus aisément un chemin parmi la végétation, d’éviter de se mouiller les pieds dans les marais mais surtout pour pouvoir surveiller de loin leurs troupeaux de moutons, les bergers utilisèrent les échasses.

La pratique des échasses d’un point de vue utilitaire par les bergers a disparu progressivement entre le milieu du 19ème et le début du 20ème siècle. Mais dans le même temps, les bergers ont commencé à utiliser les échasses pour des jeux et ils se sont aussi mêlés aux danses des autres villageois. Ainsi est apparu en 1889 le premier groupe de danseurs sur échasses. Cette tradition folklorique perdure encore aujourd’hui.

C’est en regardant un de ces spectacles Landais, et plus particulièrement celui de femmes perchées, en robe, sur leurs échasses, que l’idée de créer « les Grandes Dames » est venue.

J’ai souhaité reproduire ces silhouettes élancées sur ces bouts de bois, mais en prenant un soin particulier à l’esthétisme et au graphisme.

Dès les premiers essais, j’ai pu mesurer le potentiel artistique et esthétique de ces « Grandes Dames ».

Ces longues jambes sont de toute évidence une anomalie physique, et pourraient être considérées comme un défaut, une malformation humiliante, ou encore un handicap. Mais curieusement, la composition des images et la mise en situation transforment ces Dames en Grandes Dames, en leur donnant une élégance étrange et rare. La disproportion de leurs jambes, leur confère une singularité, certes irréelle, mais attachante et émouvante.

Certaines sont douces, d’autres plus froides, et d’autres encore, hautaines. Mais toutes un point commun : elles sont romantiques.

J’aime cette idée de puiser dans le patrimoine historique pour en faire des tableaux contemporains, je me demande ce que diraient ces bergères du 18eme siècles, si on leur disait qu’elles sont devenues des créatures artistiques qui éveillent les sens.

J’aime aussi l’idée que ces images soulèvent des questions sur leur fabrication. Questions auxquelles je ne répondrai pas forcement !

Ces tableaux se regardent sans prétention, juste avec un brin de naïveté, un soupçon d’humour, et peut être un peu de poésie.

Et surtout si un jour vous croisez une « Grande Dame », dites-lui qu’elle est belle, et n’oubliez pas qu’elle ne parle que le Gascon !

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© 2020 Alain Gillet

Thème par Anders Norén