Les Petits Détritus

J’ai la chance de pouvoir me promener régulièrement sur notre côte Atlantique, entre Lacanau et la Pointe du Cap Ferret, plages sauvages et d’une grande beauté.

Si l’été elles sont le terrain de prédilection des surfeurs et autres sirènes huilées, qui viennent profiter de ce coin de paradis, l’hiver est un tout autre spectacle, bien moins idyllique pour qui sait le voir.

Les fortes houles et les vents d’Ouest, déposent chaque jour, chaque nuit, un flot envahissant de détritus humains, provenant parfois de lieux lointains, mais souvent de la première station balnéaire voisine, ou du bateau qui croise à deux miles de la côte.

Plastiques, verres, vêtements, outils, et bien d’autres matériaux, viennent joncher méthodiquement ces plages, en ne laissant pas 10m2 de sable immaculé.

 

Ce sont des objets du quotidien, que tout le monde utilise, et qui sont loin des catastrophes naturelles industrielles dont tout le monde parle.

Une pollution sournoise, faite de petits gestes anodins, une bouteille jetée, un pot de glace posé au mauvais endroit, un flacon de cosmétique oublié, une chaussure usée délaissée, un bac à poisson cassé et jeté par-dessus bord….bref, une pollution faite de tout petit rien, de gestes sans gravité apparente, mais qui se répètent et finissent par créer une pollution de grande ampleur, une pollution domestique dont personne ne parle..

Et puis arrive le Printemps et la promesse d’une belle saison pour les stations balnéaires, il faut nettoyer ces kilomètres de plages pour redonner à ces sites leur saveur sauvage et exotique. Alors les collectivités déploient des millions d’euros à grands coups de tracteurs et autres engins pour débarrasser le sable de ces objets du quotidien, et rendre à ces lieux les apparences prometteuses d’un bel été.

Mais il est trop tard car l’immense majorité des déchets a déjà été recouverte et ensevelie par les tempête de vent successives, et ressortira dans quelques années au fil des mouvements du sable et de la dune.

Les conséquences pour l’environnement sont sévères, et durables, et posent la question évidente de notre empreinte individuelle au quotidien, sur cet environnement fragilisé.

En tant qu’artiste photographe j’ai souhaité montrer cette pollution qui n’est visible que par les rares personnes qui se promène sur l’estran l’hiver, en publiant ces photos de détritus. J’ai choisi de réaliser ces photos en superposant l’objet polluant et son environnement immédiat. Ainsi les images peuvent laisser imaginer que la nature reprend son droit, mais que l’empreinte humaine restera à jamais…Le traitement colorimétrique flatteur, permettra peut-être aussi de pouvoir regarder nos déchets sans tourner la tête !

Le but est aussi de se poser la question du comment se nourrir, comment s’habiller, comment se soigner en essayant de minimiser notre trace sur l’environnement.

Ces photos ont été prises sur les plages du Porge(33) au mois de Mars 2016 et 2018.

 

 

 

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